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EDITORIAL Rubrique

Municipales 2020 : le danger Dati écarté


Si la cuvée 2020 des élections municipales ne semble pas avoir passionné outre mesure les Français ( à en juger par le chiffre des abstentions), elles représentaient néanmoins un intérêt majeur pour les sympathisants de la cause arménienne. Au moins deux raisons à cela : tout d’abord les tentatives d’entrisme politique de la mouvance pro-Erdordan dans les instituons républicaines sur l’ensemble du territoire, et ensuite à Paris la candidature de Rachida Dati qui s’illustre depuis 10 ans par sa proximité avec le régime de Bakou. Si en ce qui concerne le premier point le bilan apparait à peu près convenable, à ce stade, sur le second, le résultat est en revanche tout à fait satisfaisant puisque la compétitrice pro-Bakou a été très largement battue par Anne Hidalgo, laquelle a toujours fait preuve d’attachement aux divers combats liés à l’existence du peuple arménien. En ayant obtenu la majorité absolue, avec plus de 15 points de différence avec sa rivale, la maire sortante sera en mesure de réaliser son programme, et en particulier son volet arménien qu’elle avait détaillé dans une interview publiée dans le numéro de mars de Nouvelles d’Arménie magazine, reproduit à la veille du premier et du deuxième tour sur armenews. Il s’agissait d’un enjeu diplomatique important, pour Paris, capitale de la France et « ville-monde » s’il en est. Sa victoire est donc aussi la nôtre.

Dans cette même perspective, on se félicitera également de la force des convictions de Delphine Bürkli (LREM), secondée dans le 9e arrondissement par Alexis Govciyan (ancien président du CCAF), qui a résisté aux manœuvres de séduction puis aux pressions du camp Dati, dans un contexte extrêmement serré où rien n’était joué. Sa ténacité a fini par être récompensée dans cet arrondissement symbole de la présence arménienne à Paris. À souligner aussi, le bon score d’Anouch Toranian dans le 15e arrondissement, traditionnellement très ancré à droite. Pour sa première candidature, elle frôle avec ses 35,18 % les remarquables 36,6% qu’avait obtenus Anne Hidalgo qui se présentait en personne dans ce même arrondissement en 2014. Tous ces résultats gratifient la mobilisation des associations arméniennes et en particulier du CCAF qui compte plusieurs dizaines de milliers de sympathisants dans la capitale.

La situation s’avère plus complexe dans la deuxième ville de France où Martine Vassal, représentante LR très engagée pour la cause arménienne, a payé les divisions de la droite, le besoin d’alternance après des décennies de gouvernance Gaudin à Marseille et une fin de campagne marquée par des soupçons d’abus sur le système de vote par procuration, dans les secteurs 11 et 12. Si Michèle Rubirola et le Printemps marseillais, qui sont également proches de la cause arménienne, remportent le second tour en termes de voix, ils ne gagnent par pour autant la majorité absolue. Au moment où s’écrivent ces ligne, on ne sait pas qui sera maire de la Cité phocéenne. « Ce soir, je n’ai pas perdu. Ce soir, il n’y a pas de majorité à Marseille », a estimé Martine Vassal. À suivre.

Dans la région Rhône-Alpes, particulièrement exposée aux tentatives de pénétration du courant ottomaniste, les résultats ont dans l’ensemble sanctionné les candidats qui s’étaient prêtés aux compromissions avec les impétrants négationnistes. C’est en particulier le cas à Lyon où Gérard Collomb, qui est pourtant souvent monté au créneau sur la question de la reconnaissance du génocide et du combat contre le négationnisme, a fini hélas par céder aux sirènes pro-Erdogan, en faisant notamment alliance M. Izzet Doganel, de Saint-Priest. Un accord électoraliste, qui n’aura pas suffi à sauver son siège, qu’il devra concéder, dans la capitale des Gaules comme dans la métropole, aux écologistes (52,6 % des voix pour Grégory Doucet). Il n’est pas peu dire que le maintien et le bon score de Georges Képénékian 17,7% aura contribué à cette situation historique, qui voit Lyon entrer dans une nouvelle ère politique et environnementale…Tandis qu’à Bourg-Lès-Valence la plus traditionnelle Marlène Mourier (Div. D.), très impliquée dans la défense des chartes d’amitiés avec l’Artsakh, sauve sa mairie avec 52,81% des voix.

L’autre symbole de la montée irrésistible de EELV : la formidable victoire à Strasbourg, capitale de l’Europe, de Jeanne Barséguian qui s’impose en devançant Alain Fontanel (LREM-LR) et Catherine Trautmann (PS). Cette juriste spécialisée dans l’environnement et qui a fait une partie de ses études en Allemagne, avait également expliqué dans une interview à NAM rediffusée sur armenews son implication dans le milieu associatif arménien. Avec cette élection, et en attendant l’issue de l’imbroglio marseillais, elle est aujourd’hui la plus « capée » des politiques d’origine arménienne dans la République. Belle réussite, d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans la foulée d’une mouvance dont le leader, Yannick Jadot, avait aussi pris des engagements très fermes sur la question arménienne dans un entretien publiée dans NAM la veille de la présidentielle.

Autre leçon de ce scrutin : la mobilisation des associations arméniennes contre les compromissions opportunistes de certains candidats avec la nébuleuse Erdogan a en général payé. Vénissieux représente le cas le plus symbolique de cette tendance avec la cuisante défaite d’Yves Blain (LREM), qui en voulant la victoire dans le déshonneur ( une alliance avec Yalcin Ayvali, un ancien représentant du PEJ (parti égalité et Justice) - une filiale en France de l’AKP-, a perdu à la fois l’élection (35,5%) et sa crédibilité politique. Celle qui consiste à résister au chant des sirènes extrémistes et séparatistes. Celles-là mêmes que dénonçait il y a quelques mois dans un fameux discours à Mulhouse le fondateur de son parti, M. Emmanuel Macron. Plus décevante, peut-être parce que l’information sur cette situation est parvenue trop tard, la victoire de justesse à Meyzieu de Christophe Quiniou (LR) 37,70% des voix, sur le « divers gauche » Issam Benzeghiba 35,86%. Armenews avait signalé la veille de l’élection la présence problématique sur la liste de C.Quiniou, d’un postulant dont la page Facebook reflétait un inquiétant tropisme pro-Erdogan. Ce dernier, M. Mickaël Özer, a cependant souhaité réagir dans une vidéo postée sur le site du maire sortant, en déclarant qu’il était contre « toutes les formes de négationniste ». Sans toutefois aller jusqu’à reconnaître le génocide des Arméniens…A suivre.

Ces élections, qui globalement ont mis en évidence une nouvelle volonté de changement, deux ans seulement après l’irruption spectaculaire sur la scène politique de la LREM, devraient être interprétées comme une sanction et un avertissement pour ce parti dont certaines alliances opportunistes et contre nature des candidats, notamment dans la région Rhône Alpes, ont déjà déçu. Ce positionnement très « ancien monde », va à l’encontre du message du président de la République, à qui il appartient désormais de redéfinir avec fermeté ses fondamentaux et d’en faire garder le cap, s’il ne veut pas que les résultats des municipales préfigurent d’autres défaites, encore plus lourdes en enjeux politiques. C’est aussi ce que devraient attendre de lui les sympathisants de la cause arménienne qui sont de plus en plus emblématiques du combat de David contre Goliath, de la mobilisation pour la justice face au cynisme et à la Realpolitik nationale et internationale. Une voix pour un autre monde, qu’il faudra faire de plus en plus entendre, avec toutes celles - nombreuses - qui s’inscrivent dans ce crédo éthique.

Ara Toranian

par Ara Toranian le lundi 29 juin 2020
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