ARMENIE Rubrique

Le Parti dachnak dans le collimateur des autorités arméniennes


Un ministre du gouvernement de Nikol Pachinian, qui fut l’une des figures de proue de la “Révolution de velours ” d’avril-mai 2018 qui le mena au pouvoir, s’en est pris vivement à la FRA Dachnaktsoutioun (FRAD), aujourd’hui dans l’opposition, qu’il a accuse de faire obstruction aux réformes engagées par le gouvernement. Le ministre de l’éducation, des sciences, de la culture et des sports Arayik Harutiunian a lancé ces accusations en réponse à la campagne de la FRAD demandant sa demission, suite à un projet de réforme controversé de son ministère. Le Parti dachnak, qui avait rallié tardivement la Révolution de velours, avait cohabité pendant quelques mois avec les partisans de N.Pachinian dans un gouvernement de coalition, qui avait éclaté en octobre 2018, en raison de désaccords sur la date de la tenue de législatives anticipées dont l’alliance Im Kayl (IK, Mon pas) de N.Pachinian sortait largement victorieuse en décembre 2018, tandis que la FRAD se voyait reléguée aux marges du paysage parlementaire. Affichant toujours plus clairement son appartenance à l’opposition, la FRAD tente de se reconstituer hors de l’hémicycle, mais en évitant de se rapprocher du Parti républicain d’Arménie (HHK) anciennement au pouvoir, lui aussi exclu du nouveau Parlement, avec lequel elle avait été associée dans un gouvernement de coalition jusqu’en avril 2018. “Le Dachnaktsoutioun fait preuve d’une certaine indiscipline”, a déclaré A. Harutiunian à l’issue de la reunion hebdomadaire du conseil des ministres à Erevan le jeudi 7 novembre. S’adressant à la presse, le ministre, qui siège aussi dans le comité dirigeant du parti Contrat civique de Nikol Pachinian, est allé plus loin pour accuser la direction du Dachnaktsoutioun, dont il n’a pas manqué de rappeler qu’il était lié à l’ancien pouvoir, de créer “artificiellement des problèmes au gouvernement Pachinian”. La FRAD, qui a recentré ses forces dans l’Artsakh, où son bureau mondial se réunissait en début d’année pour renouveler ses membres et où elle exerce une certaine influence dont les prochaines élections, dans quelques mois, diront la portée, se sent d’autant plus habilitée à critiquer A.Harutiunian qu’elle a longtemps occupé son ministère. Mais A.Harutunian contreattaque, en laissant entendre qu’il existe des désaccords et des divisions au sein même du parti dachnak, fondé en 1890, et appuyé sur ses structures solides dans cette diaspora que le nouveau pouvoir arménien entend rassembler sous son aile. Il a appelé les responsables dachnaks hors de l’Arménie à “faire attention à leur parti, car l’indiscipline manifestée par le Dachnaktsoutioun [d’Arménie] ne rehausse pas le crédit de l’un de nos plus anciens partis politiques”. Il a aussi appelé le Dachnaktsoutioun à “affronter ses erreurs passées et à analyser les raisons pour lesquelles la société l’a rejeté”. “Il aurait dû changer de dirigeants, parce qu’ils mènent encore à l’échec la FRAD. Les actions qu’il mène aujourd’hui ne peuvent qu’avoir un impact négatif”, a poursuivi le ministre, en laissant ainsi entendre qu’il ne donnait aucun crédit aux changements intervenus à la tête du parti lors de son congrès de Stepanakert. A.Harutiunian a ajouté que “si lors de mes visites à l’étranger je rencontre des partenaires Dachnak désireux de s’engager dans un travail constructif, je ne vois rien de tel ici [en Arménie]”. A. Harutiunian estime qu’il est plus particulièrement la cible des critiques du Parti dachnak parce que ce dernier avait le portefeuille de l’éducation dans les précédents gouvernements ; il chercherait à critiquer les réformes en cours dans le domaine de l’éducation car il avait lui-même “ échoué à maintes reprises dans ce domaine”. L’organisation de jeunesse de la FRA Dachnaktsoutioun avait lancé sa campagne en vue de la demission de A.Harutiunian après l’annonce par son ministère d’un projet de loi selon lequel l’enseignement de la langue, de la littérature et de l’histoire arménienne serait optionnel dans les universités. Le parti avait aussi joint sa voix aux nombreuses critiques qu’avait suscitées une performance publique dans une station de metro de Erevan, qui avait financée par le ministère. Les critiques s’étaient déchaînées alors, y compris sur les bancs de l’opposition au Parlement, pour dénoncer la contribution du pouvoir à un spectacle jugé choquant. Cette interpretation libre de jeunes artistes arméniens sur le theme des auteurs arméniens du 20e siècle, avait été présentée comme une nouvelle offensive “satanique” des milieux LGBT contre les valeurs traditionnelles arméniennes. Les associations de jeunesse de la FRAD avaient appelé à manifester jeudi devant le siège du gouvernement à Erevan pour demander une nouvelle fois la demission de A.Harutiunian. Les jeunes militants ont fait un sit-in devant le ministère, sans impressionner outre mesure A.Harutiunian qui déclarait : “Je serai prêt à démissionner seulement quand j’aurai le sentiment que je n’en fais pas assez. Ce qui n’est pas le cas”. De son côté, Gegham Manukian, au nom du Parti dachnak, a récusé les accusations lances par le ministre. Il a à son tour accusé A.Harutiunian de chercher à diviser les membres du Parti Dachnaktsoutioun d’Arménie et de la diaspora, et a affirmé que de tels efforts seraient condamnés à l’échec, car selon lui, toutes les structures de la FRA D à travers le monde, soutiennent l’initiative de l’Union de jeunesse de la FRA D d’Arménie et sont unies derrière elle.
Alors que l’on assistait à cet échange verbal houleux entre le ministre Harutiunian et la Dachnaktsoutioun, le Comité des enquêtes d’Arménie publiait un communiqué dans lequel il indiquait les raisons de la convocation adressée à un haut responsable dachnak Artsvik Minasian en vue d’un interrogatoire. Le communiqué indique que A.Minasian, qui a été ministre de l’environnement dans le précédent gouvernement, serait indiqué en qualité de témoin dans le cadre d’une enquête relative à des faits de corruption et de faux dans un centre météorologique en 2017. Les enquêteurs ont toutefois jugé utile de préciser, au cas où l’on serait tenté de trouver la coincidence troublante, que selon les preuves dont ils disposent, A.Minasian ne serait en rien impliqué dans les délits sur lesquels porte l’enquête.

par Garo Ulubeyan le vendredi 8 novembre 2019
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