1000 COULEURS A MARSEILLE Rubrique

A la rencontre des chorégraphes Arman Julhakyan et Méliné Arakelyan


Méliné Arakelyan a débuté sa carrière de danseuse professionnelle dans la troupe de danse Kanaz, avant d’être soliste au sein du célèbre trio de danse Nané. Arman Julhakyan, lui, a également été soliste au sein de la troupe Baregamoutyoun, dirigée par Norayr Mehrabyan. Il y a dix-sept ans, ce couple à la ville comme à la scène, reprend les rênes de la compagnie Narek, où Méliné officie comme pédagogue et répétitrice et Narek comme directeur artistique et chorégraphe. À leur actif, des dizaines de spectacles et six ballets, en collaboration avec plusieurs compagnies en Arménie et à l’étranger.

Ils ont collaboré avec Artmenia pour leur nouveau spectacle, 1000 Couleurs, les 9 et 10 novembre au Cepac Silo de Marseille.

Comment est née cette collaboration avec l’ensemble Artmenia pour ce spectacle ?
En 2015, nous sommes venus en France avec le spectacle Eternels, sur invitation de Patrick Malakian, le président de l’UGAB Marseille. C’est là que la rencontre avec la troupe s’est faite, mais l’histoire avait commencé plus tôt, alors que nous étions encore en Arménie. Patrick Malakian nous avait proposé d’inclure dans le programme de notre spectacle une danse de l’ensemble Araxe. A vrai dire, je suis contre ce genre d’initiatives sans connaître les artistes. Je comprenais la démarche, un Arménien de France souhaitait voir les deux pays réunis sur scène. Mais j’avais peur d’insérer une danse au milieu d’un programme minutieusement construit. Et puis je ne vous cacherais pas que j’avais aussi peur du niveau de la troupe...
Quand j’ai vu la vidéo de la danse proposée, le niveau de la troupe et l’énergie que les artistes dégageaient, j’ai tout de suite imaginé la place de cette danse dans le spectacle ! Puis j’ai appris que mon maître Norayr Mehrabyan avait travaillé avec cette troupe. C’était un argument béton ! À notre arrivée à Marseille, nous avons rencontré Pascal Chamassian, le directeur artistique d’Artmenia, et le courant est passé immédiatement. Les répétitions se sont très bien déroulées et le spectacle fut une réussite. Quelques années plus tard, quand Pascal m’a proposé de travailler sur le nouveau spectacle de la JAF, Méliné et moi avons accepté avec joie.

La JAF travaille depuis des décennies avec les plus grands artistes et chorégraphes d’Arménie. Vous savez le lien qui nous unit à Vanouch Khanamirian. Plus récemment, l’ensemble Artmenia a travaillé avec Norayr Mehrabian. Le fait que Pascal soit venu vous chercher et considère que vous êtes une des étoiles montantes de la création en Arménie, cela vous a touché ?
Bien sûr ! C’est un immense honneur de continuer le travail des maîtres comme Vanouch Khanamirian, Norayr Mehrabyan et beaucoup d’autres chorégraphes qui ont mis leur pierre à l’édifice Artmenia... Je suis sûr que le spectacle 1000 Couleurs aura un grand succès.

Quel regard portez-vous sur l’ensemble Artmenia ?
Artmenia est une petite Arménie, une famille. On ressent cette atmosphère tout de suite. Ce dévouement et cette approche professionnelle qu’on voit chez les artistes et leurs responsables est rare. Ces répétitions interminables après la journée à la fac ou après le travail... C’est impressionnant ! Hier, lors de la répétition j’ai dit aux artistes qu’ils n’ont rien à envier aux meilleurs ensembles d’Arménie. Et j’étais sincère.

La JAF met un accent tout particulier sur la formation, avec ses écoles de danse et de musique. C’est quelque chose qui fait écho à votre travail au sein de la compagnie Narek ?
Nous avons à notre actif de beaux succès artistiques, mais Méliné et moi considérons que notre mission première, c’est l’éducation de la jeune génération. Notre travail de tous les jours, c’est de donner le meilleur de nous-même à nos élèves, en leur inculquant des valeurs essentielles, des compétences, du respect. Dans cette époque où la jeunesse est dans un tourbillon incessant de tentations en tous genres, notre rôle est primordial. Nous souhaiterions voir nos élèves devenir des adultes responsables et accomplis. Cette école est notre quotidien, notre raison de vie et notre occupation principale.

Les 9 et 10 novembre au Silo de Marseille, la pièce que vous avez créée et qui porte le nom du spectacle, 1000 Couleurs, est proposée en ouverture. Dans quel état d’esprit êtes-vous avant le lever de rideau ?
Le show 1000 Couleurs d’Artmenia est une création de haut niveau. Et je ne parle pas uniquement de la chorégraphie : la création du spectacle, la danse, la musique live avec orchestre et chorale, les costumes, la régie technique et logistique, la communication... C’est un immense travail. Le spectacle s’appelle 1000 Couleurs, avec ça tout est dit ! C’est une explosion de couleurs et d’émotions.

Quelle est la suite du programme pour votre compagnie ? Peut-on espérer de nouvelles collaborations avec Artmenia ?
Notre objectif à court terme est de préparer le 30e anniversaire de notre compagnie Narek. Un grand spectacle aura lieu à Erevan le 30 novembre prochain. Nous avons travaillé avec plusieurs troupes de danse de la diaspora : aux Amériques, en Russie, aux Émirats arabes unis, en Turquie, et maintenant avec l’ensemble Artmenia. Cette dernière expérience est devenue plus qu’une collaboration : nous avons tissé des liens amicaux avec les artistes, une grande famille s’est formée. Nous sommes fiers de travailler avec cet ensemble qui a parcouru un chemin fantastique depuis sa création dans les années 50 et qui a une si riche histoire artistique. Si bien qu’aujourd’hui, à chaque nouveau voyage à Marseille, nous avons l’impression de rentrer chez nous !

par Claire le mardi 5 novembre 2019
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