EDITORIAL Rubrique

Protéger NAM, défendre nos libertés


Il faut, parait-il, toujours comprendre les coups portés par l’adversité comme une forme d’hommage. Partant de ce principe, Nouvelles d’Arménie Magazine devrait se considérer depuis quelque temps comme particulièrement mis à l’honneur. Aux trois procès intentés contre lui (deux par un négationniste du génocide arménien et un par l’Etat azerbaïdjanais),- avec leur suite en appel et en cassation - s’ajoute désormais l’intrusion par effraction dans ses bureaux d’une ou plusieurs personnes qui ont notamment volé trois ordinateurs et un appareil photo.
L’agression du 19 octobre, qui s’inscrit dans une série de cambriolages ayant dans la même semaine touché un responsable et un activiste du Conseil démocratique du Kurdistan en France, a franchi toutefois un palier. Il ne s’agit plus seulement de frapper NAM au portefeuille via le terrain judiciaire, mais de s’attaquer physiquement à ce média en fracturant sa porte, en pénétrant dans ses locaux, en s’emparant de son matériel, en subtilisant ses fichiers, ses photos, ses documents. Les dommages de cette voie de fait ont cependant pu être limités grâce aux différents types de sauvegardes auxquels il avait été procédés. Ainsi le n° 267 de Nouvelles d’Arménie Magazine qui devait partir à l’imprimerie le 20 octobre a-t-il pu sortir malgré tout. Il n’empêche que les auteurs de cette agression disposent désormais d’une somme de données susceptibles de faire l’objet d’exploitations malveillantes. L’affaire est grave. Elle ne devrait pas être prise à la légère, y compris par les pouvoirs publics.
Si les Kurdes ont le triste privilège de figurer aujourd’hui au centre de la ligne de mire de l’Etat turc, les Arméniens ne sont en effet jamais sortis du périmètre de ses obsessions. Ainsi Ankara continue-t-il de considérer les Français d’origine arménienne comme un danger, a fortiori quand ils s’engagent dans la dénonciation de ses menées totalitaires ou pour la défense des droits des victimes du génocide dont ils sont les descendants. Dans ce cadre, l’implication de NAM auprès des Kurdes et celle des démocrates français contre l’offensive turque en Syrie représente l’exemple même de l’insupportable pour la paranoïa nationaliste panturquiste. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le passage à l’acte contre les locaux de la rédaction de NAM qui représente aussi une violation de l’intégrité de la France, de sa démocratie et de sa presse. Et l’on ne peut que regretter dans ce cadre la faiblesse des réactions officielles des autorités, même s’il faut se féliciter du message de soutien de l’ambassadeur de France en Arménie, comme des appuis exprimés par la société civile, en particulier de Reporters Sans Frontières.
Ce quasi-silence contraste avec l’immense mouvement de solidarité qui s’est manifesté à l’endroit de NAM en Arménie, depuis SE Mme Hasmik Tolmadjian, son ambassadeur en France jusqu’à M. Zareh Zinanyan, haut commissaire de la diaspora, en passant par l’ensemble des médias arméniens toutes tendances confondues.
Le gouvernement d’Edouard Philippe aurait tort de ne pas prendre la mesure de cet événement qui ne saurait se résumer à un simple vol de 3 ordinateurs. L’attaque d’un organe de presse ne constitue jamais un délit ordinaire. En particulier lorsqu’elle touche un média engagé qui dénonce une guerre comme celle lancée par la Turquie contre les Kurdes du nord de la Syrie. Et encore moins, lorsque l’on connait les dangers relatifs à l’entrisme sur le territoire d’un certain nombre de structures qui font à peine mystère de leur filiation avec l’AKP, le parti islamo-nationaliste d’Erdogan, et qui en reproduisent l’idéologie comme les méthodes.
À défaut d’une prise de conscience des autorités sur la vraie nature de ce fléau accompagnée de mesures de prévention, lesquelles devraient aussi passer par une remise à l’ordre du jour de la loi de pénalisation du négationnisme, la menace perdurera. Et tout laxisme sur le sujet ne manquera pas d’être interprêté comme un feu vert au fanatisme.
Dans ces conditions, il appartient donc en premier lieu aux lecteurs et aux sympathisants de Nouvelles d’Arménie Magazine et d’une manière générale aux défenseurs de la liberté de la presse de compter sur leurs propres forces s’ils souhaitent protéger ce média et lui donner les moyens, au moins matériels, de sa pérennité*. En attendant un vrai sursaut des pouvoirs publics.

Ara Toranian
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par Ara Toranian le mardi 29 octobre 2019
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